Rêve 3: mamies

Je vais manger dans un restaurant dont la porte ne se distingue de celles des autres appartements de l’immeuble que par la largeur. Une femme, seule elle aussi, entre derrière moi. Je suis accueillie par une maîtresse d’hôtel à qui j’explique que je n’ai pas réservé. Elle va se renseigner, revient vers moi: elle peut m’installer à la grande table, les personnes qui l’occupaient viennent justement de finir. Je pénètre à sa suite dans une pièce relativement petite, guère plus vaste qu’une salle à manger. Trois ou quatre tables remplissent l’espace, toutes occupées par des personnes âgées, exclusivement des femmes. Je prends place. Les chaises ont cette forme typique des années trente. Les dames qui viennent de finir de manger, de gentilles mamies, sont restées assises tranquillement. Détail singulier: elles portent toutes une barbe, non pas quelques poils épars comme il arrive souvent aux vieilles femmes, mais une barbe aux poils épais, résolument virile.

 

Ce n’est pas la première fois que je croise des femmes à barbe dans mes rêves. Ici le contraste entre les éléments féminins et masculins est particulièrement marqué: autant ces femmes sont douces, autant leur barbe, signe de virilité par excellence, est drue.

Pendant très longtemps, les hommes ont travaillé à l’extérieur tandis que leurs compagnes restaient à la maison. Ils ont occupé la place publique, se sont exposés, elles ont pris soin des membres de la famille. Les personnages de mon rêve étaient des femmes ordinaires qui n’avaient jamais cherché à se mettre en avant mais qui savaient qu’elles avaient beaucoup plus d’importance que celle que la société leur accordait. C’était sur elles que les enfants s’étaient appuyés pour grandir, c’était sur leur sein que les hommes étaient venus se consoler. Il n’était pas question de rapport de pouvoir. Elles ne tiraient d’ailleurs aucune gloire d’avoir joué un tel rôle. Simplement elles avaient pleinement conscience de la nécessaire force des femmes.

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