Rêve 2: décors

Nous sommes sur le décor du tournage d’ « Harry Potter », une sorte de grand sous-sol, peut-être de catacombe. Devant moi un jeune passe, portant sur l’épaule une grande plaque qu’il vient d’enlever à un fronton. Je reconnais les couleurs vert et or, caractéristiques du film. Il marche souplement, comme si cette plaque ne pesait rien.

A y regarder de plus près, le lieu ressemble à un repère de skaters ou à un squatt où se croisent des jeunes portant dreads et cheveux longs.

Le décor se modifie jusqu’à devenir celui d’un musée. L’ouverture au public est imminente. La tension règne. Le grand couloir dans lequel je me trouve, ouvre sur la salle principale. Les murs sont hauts, bâtis en pierres de taille, tellement hauts que le plafond disparaît dans l’ombre.

Des gouttes d’eau suintent entre les pierres et glissent doucement jusqu’à terre. Sur le sol, la coulée est plus importante. La maigre serpillère que je tiens à la main ne suffirait pas à l’éponger. C’est une vague qui avance, reflue imperceptiblement puis revient encore un peu plus loin. Elle peut sembler dangereuse , mais quelque chose en moi sait qu’elle est bénéfique.

Depuis la grande salle, les gardiens la surveillent du coin de l’oeil, prêts à faire évacuer les lieux si elle continue sa progression. Il ne faut surtout pas que le public la voie.

Je me suis réveillée avec la sensation de n’avoir pu achever le rêve. Je me sentais frustrée, j’aurais aimé savoir ce qui allait se passer.
A la réflexion, je crois que tout était là. Ce qui comptait, ce n’était pas, comme je l’ai pensé d’abord, de créer un décor pour une action à venir, c’étaient ces deux lieux et le mouvement ténu de l’eau qui menaçait d’envahir le second.

Le premier est lié à un monde où la magie domine, où tout est possible. C’est celui d’Harry Potter mais aussi celui de toute cet imaginaire fantastique que lisent de nombreux jeunes. Ce qui est intéressant, c’est qu’ici, nous ne sommes plus dans la fiction. Les éléments du tournage ont une existence matérielle, ils sont aisément récupérés et détournés. Les jeunes hommes qui circulent, refusent les codes vestimentaires classiques. Ils se tiennent légèrement à la marge, dans une démarche sûre et flegmatique.

On passe ensuite au second lieu. Le musée est cet espace au décorum figé où sont exposées les œuvres du passé. Il y a quelque chose de monumental dans ces hauts murs de pierres taillées. C’est très beau à voir et en même temps c’est trop vaste pour qu’on se sente parfaitement à l’aise. On est en visite, sommés d’admirer sans déranger.

On ne sait ce qui se trouve de l’autre côté de la muraille, mais à coup sûr cette espèce de barrage ne tiendra pas bien longtemps. Derrière, quelque chose pousse inexorablement. L’eau qui s’insinue finira par tout faire s’effondrer. Déjà la vague gagne du terrain. Elle est douée d’une puissance que rien ne peut endiguer, la même puissance implacable que la mer à laquelle elle est associée.

La période électorale pèse lourdement sur les esprits. Hier soir à table, nous parlions politique. Il est clair que les changements ne viendront pas de là. Ce n’est pas une raison pour baisser les bras. Les jeunes à l’imaginaire prolifique sont les forces souterraines qui inventeront le monde de demain. Les murs anciens ont beau se dresser jusqu’au ciel, ils commencent à se fissurer sous l’action de cette énergie qui ne semble venir de nulle part et contre laquelle on ne peut rien.

A la fin du rêve j’ai senti fugacement la présence de notre voisin et ami, C. Roux, un homme très posé et très fin. Je ne vois d’autre raison à sa présence que la mention de son nom de famille, référence directe à la couleur de cheveux de l’un de nos enfants, qui selon nous, passe trop de temps sur les jeux vidéo. Peut-être est-ce aussi cela que le rêve vient me dire. Rien ne sert de m’inquiéter. Je peux garder confiance. Comme beaucoup d’autres, notre fils dévore des écrans mais cela n’empêche pas son imagination de fonctionner ni sa conscience politique de s’aiguiser.

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