Rêve 1: circulation réduite

Rêve : je me trouve à l’étranger en compagnie de A. Je n’ai plus ni mon porte-monnaie ni ma carte bleue. Mon seul moyen de paiement, c’est un chéquier.

Comme il fallait s’y attendre, l’hôtel refuse de me donner du liquide. Je peux payer mes nuits, mes repas, la location d’une voiture, mais rien d’autre.

Je circule dans le centre d’une ville américaine. Je viens de traverser un carrefour. Le lieu évoque la jonction entre les rues Jean Jaurès et Victor Hugo à Brest. La chaussée est encombrée de barrières de sécurité, des barrières de métal assez basses. C’est vraiment incroyable ça ! C’est sensé assurer notre sécurité et au final, on ne peut plus avancer. Ce n’est plus une voie de circulation, c’est un véritable parcours du combattant.

Je peine à ramener la voiture au point de location, un parking au sol défoncé et poussiéreux, qui jure avec l’allure de respectabilité que présentent les locaux de l’agence.

Quand je lui remets les clefs, la jeune femme derrière le comptoir, me tend en échange deux médailles: une à l’effigie de Trump, l’autre représentant un énergumène du même acabit. Ca ne sert à rien que je les accepte, je vais les mettre immédiatement à la poubelle. La jeune femme, dans sa tenue sombre, sur un ton à la fois doux et assuré, insiste : « Elles sont jolies, ces médailles ! Et regardez !… Comme le ruban n’est pas fixé, vous pouvez choisir vous-même la manière de l’arranger. » Je suis obligée d’insister à mon tour : non. Clairement et définitivement non.

A l’hôtel, je trouve le jeune homme de la réception installé à une table. Il a quelque chose d’un de mes neveux, sans doute les cheveux bruns et bouclés, la peau mate. Son costume européen très strict lui va bien. Comme sa veste s’ouvre, j’aperçois sa chemise. Elle est elle aussi d’un gris anthracite presque noir, mais moins opaque que je l’ai crue d’abord. Dans la lumière du soir, le tissu semble plus fin. Il laisse voir par transparence de légers motifs floraux.

Il y a dans ce jeune homme séduisant quelque chose qui arrête mon élan premier. Je n’ai pas confiance. Comment peut-on être à la fois aussi sensuel et aussi impassible ?

 

Ce rêve est la représentation d’une inquiétude politique dont j’ignorais consciemment qu’elle me préoccupait à ce point. Je me tiens à distance des info, ne regarde pas la télé, lis peu les journaux, choisis avec soin les programmes de radio que je veux écouter. En cette période d’élection, j’évite absolument de suivre les débats. Ce n’est pas que la question politique ne m’intéresse pas, c’est que les discours me hérissent. Je préfère n’en rien savoir plutôt que de m’énerver vainement après la petitesse de leur contenu.

Le rêve vient me rappeler que je ne peux pourtant rester indifférente. Un large éventail de pays est évoqué ici, un territoire qui s’étend de la Turquie (que j’ai visitée avec A.) aux Etats-Unis, en passant par la France (les rues de Brest) et le Magreb (le père de mon neveu était originaire du Magreb, les broderies de la chemise pourraient être les motifs d’une djellaba).

Les personnes à qui j’ai affaire sont de jeunes employés. Homme ou femme, ils portent la tenue européenne classique, sorte d’uniforme qui en fait des êtres stéréotypés. Ce sont des pions au comportement aseptisé, au discours imposé, qu’ils se contentent de répéter avec la conviction de ceux qui ne se posent pas de questions.

Face à eux, je me sens impuissante (l’argent n’a ici aucune valeur pécuniaire, il n’est qu’une matérialisation de l’énergie), condamnée à rouler tant bien que mal dans une voiture qui ne m’appartient pas.

Il nous faudrait de grandes personnalités comme Victor Hugo ou Jean Jaurès pour secouer tout ça. On en est loin. Sous couvert d’assurer notre sécurité, les Etats nous maintiennent dans la peur, imposent des règles de plus en plus drastiques, dressent des barrières, empêchent la circulation des personnes et des idées, brident notre liberté. Tout est fait pour nous réduire à l’état de consommateurs stupides.

D’un bout à l’autre du monde occidental, c’est le même modèle qui domine : celui des rapports commerciaux. On se voit proposer en guise de récompense des breloques ridicules. Il faudrait qu’on soit contents d’arranger à notre goût de simples décorations, qu’on s’approprie des figures de personnages qui n’ont d’autre idée en tête que leur profit personnel et la satisfaction de leur ego démesuré. Il est évident que ça ne peut pas marcher. Nous ne sommes pas des enfants. Nous ne pouvons comme eux nous satisfaire de médailles en chocolat ou de vignettes à l’effigie de présumés héros.

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