Rappeler ses rêves

Dans notre univers quotidien, on privilégie concentration et réflexion. Il faut écouter, projeter, appliquer. Se glissent dans les failles de cette vigilance des instants d’attention flottante. Les yeux décollent de la feuille, restent accrochés aux branches de l’autre côté de la fenêtre, ou bien, sur ce trajet cent fois parcouru, les gestes s’accomplissent d’eux-mêmes, tandis que l’esprit bat la campagne.

Moments de méditation ou moments de repos, on retrouve là un état de conscience modifié qui se rapproche de celui du rêve. C’est l’occasion propice pour laisser ressurgir ses images et s’imprégner de son atmosphère.

Vient aussi le moment de l’écriture. Dans « La Femme qui tremble », Siri Hustvedt raconte qu’elle s’est souvent servie dans son travail avec des patients en psychiatrie d’un livre de Joe Brainard intitulé « I remember », je me souviens. Elle décrit ce qui se passe dans ce travail : « Quand nous écrivons nos propres « je me souviens », les patients et moi, il se produit une chose remarquable. Le seul fait d’écrire « Je me souviens » suscite des souvenirs, (…) déclenche une activité à la fois motrice et cognitive. En général, je ne sais pas, quand je commence la phrase, comment je vais la finir, mais une fois que le mot « souviens » figure sur la page, une idée m’apparaît. Un souvenir en amène un autre. Une chaîne d’associations s’engage.

Ma main bouge pour écrire, mémoire procédurale corporelle de savoir-faire inconscient, qui évoque la vague impression ou sensation de l’émergence dans la conscience d’une image ou d’un événement du passé. »

L’écriture est mouvement. Une première image issue du rêve déclenche l’apparition des suivantes. Une histoire se met en place. La tentation est grande de faire des rapprochements avec ce qu’on vit, les interrogations qui nous traversent, en bref de lui donner un sens. Il est important de ne rien précipiter mais au contraire de prendre le temps de choisir les mots les plus justes, de s’attacher à transcrire au plus près les impressions ressenties, de s’efforcer au récit le plus complet. Dans cette phase il faut éviter tout ce qui pourrait distraire du rêve proprement dit.

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